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Rudy Provoost (Rexel) « Le consommateur deviendra maître de sa … – La Tribune.fr

LA TRIBUNE – La conférence environnementale a-t-elle représenté pour vous un tournant dans la transition énergétique en France ?

RUDY PROVOOST – C’est un point de départ, plutôt positif, mais insuffisant. Le président de la République a articulé une vision et une ambition, réduire de 50% la consommation énergie à l’horizon 2050. Le gouvernement a engagé des actions concrètes avec notamment la baisse de la TVA de 10% à 5% sur la rénovation thermique de l’habitat (isolation, chauffage). Et un fonds national de garantie de la rénovation thermique sera créé pour réduire le nombre des ménages en précarité énergétique qui touche près de 4 millions de foyers.

Trois défis restent devant nous. La baisse de la TVA sur la rénovation thermique est basée sur une conception traditionnelle du bâtiment, vu comme une enveloppe. C’est ce qu’on appelle l’efficacité énergétique passive. Or le bâtiment est plus qu’une simple enveloppe. L’isolation est nécessaire, mais ce sont surtout les comportements des habitants qu’il faut changer. C’est l’efficacité énergétique active, et même, c’est le thème de mon livre, interactive. Cela suppose de passer à une nouvelle vision du bâtiment et du logement, conçu comme un éco-système et un univers multi-usages et multi-énergies. Le développement de la domotique, l’éclairage de nouvelle génération, et le pilotage intelligent de l’énergie, là est la vraie révolution de l’avenir. Il faudra prévoir des aides fiscales spécifiques et des dispositifs financiers innovants pour favoriser ce type d’équipements qui peuvent permettre au moins autant sinon plus d’économies que l’isolation, plus coûteuse et au retour sur investissement plus long.

Il n’y a pas que le logement. Les bâtiments industriels et tertiaires sont oubliés ?

Ma deuxième observation , c’est en effet que le plan se limite au secteur résidentiel alors que l’enjeu des bâtiments industriels et tertiaires est énorme. Il faut là aussi prendre des mesures convaincantes pour inciter les entreprises à investir dés maintenant. Troisième commentaire, on se concentre trop sur la rénovation du parc existant. Il manque un plan de relance de l’éco-construction.

Sur la stratégie, il faut renforcer la convergence entre le plan environnemental et le plan Montebourg de relance de la filière, dans le domaine de l’efficacité énergétique comme celui des « smarts grids » (réseaux électriques intelligents). Le principe de base, bien connu, c’est que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas. Du coup, on n’a pas besoin de la produire ou bien on peut la partager avec d’autres. Mais pour arriver à ce résultat, il faut mieux coordonner les actions de l’ensemble des acteurs de la filière énergétique.

La filière énergétique française ne manque pourtant pas d’atouts…

La France est très bien placée dans la compétition mondiale. La filière française est probablement la plus complète et la plus riche de potentiel. Faire travailler ensemble les grands constructeurs, les énergéticiens, les fabricants et les distributeurs de référence comme Rexel, cela décuplerait nos forces et nos chances de remporter la bataille de l’énergie. Les autres pays n’ont pas forcément ces atouts, mais ils ne nous attendent pas pour innover. Il est donc urgent de mobiliser tous les acteurs de la filière autour d’objectifs définis en commun. C’est un enjeu de compétitivité pour la France, mais aussi de croissance et d’emploi. Dans le plan Montebourg, il y a l’intention qui est bonne mais la version actuelle du plan n’est pas assez concrète. Il faut une feuille de route et construire une plateforme d’échange pour faire dialoguer les entreprises entre elles. Nous sommes prêts à nous impliquer.

Le monde de l’électricité ne risque-t-il pas de tomber dans une effroyable complexité, faute de normes et de standards communs ?

Il faut éliminer la complexité autant que possible, d’une manière drastique, pour faciliter la diffusion des innovations et accélérer la transformation énergétique. Il faut définir une architecture ouverte et des protocoles compatibles entre eux. C’est le rôle, la responsabilité et l’intérêt bien compris des industriels que de simplifier l’univers de l’électricité de demain, sinon, les clients ne nous feront pas confiance et hésiteront à investir alors que le temps nous est compté. Si la filière électrique française veut conserver et étendre sa position de champion européen et mondial, elle doit à tout prix fournir une architecture de solutions ouvertes pour éviter de tout compartimenter.

Un bon exemple est le compteur intelligent Linky. Pour assurer son succès, il faut établir un dialogue intelligent entre les énergéticiens, les industriels, les collectivités locales, les distributeurs et les installateurs. La convergence en cours entre le monde du numérique et de l’énergie est une source d’opportunités incroyables, mais à condition que tous travaillent ensemble et dans un univers commun. Le consommateur ne doit pas avoir le sentiment d’être pris en otage. C’est comme dans le monde internet, où les box sont construites sur une architecture ouverte. Quand on aura des compteurs intelligents et connectés partout, on pourra mesurer précisément la consommation et rendre le marché plus transparent.

Que vous inspirent les conclusions du dernier rapport du Giec confirmant la responsabilité humaine dans le réchauffement du climat ?

Cela donne du poids aux stratégies comportementales actives. Le débat sur la transition énergétique s’est beaucoup trop focalisé sur le mix énergétique et les sources d’énergie et pas assez sur les usages et le facteur humain. Le levier le plus important pour réduire la consommation d’énergie à l’avenir est d’agir sur la demande, pas sur l’offre. On vient d’un monde vertical et on va vers un monde horizontal où il faudra privilégier des solutions ouvertes, partagées et décentralisées. Demain, le client final sera à la fois producteur, consommateur et distributeur de sa propre énergie. C’est un mouvement irréversible.. Dans certains pays avancés, comme l’Allemagne, il y a des villes qui s’organisent déjà en ce sens.

Cette énergie collaborative, c’est cela que j’appelle l’énergie 3.0. Je fais l’analogie avec l’économie numérique. 1.0, c’était le premier âge d’internet, la réception d’information ; 2.0, c’est le partage des contenus ; et 3.0, c’est l’étape suivante avec l’internet des objets. Appliqué à l’énergie, cela se traduit ainsi. Énergie 1.0, c’est la fourniture d’énergie ; 2.0, c’est la distribution intelligente, on y arrive ; et 3.0, c’est lorsque le consommateur deviendra maître de sa propre énergie. On peut faire la même analogie avec le bâtiment : l’efficacité énergétique passive, c’est le niveau 1.0 ; l’efficacité active, 2.0 et le niveau 3.0 sera atteint avec la maison interactive, que permet la révolution numérique.

Concrètement ?

Concrètement, cela consiste à développer des solutions ‘sur mesure’, personnalisées et faciles à installer et à utiliser, comme les systèmes d’éclairage dynamique ou la domotique piloté à distance. C’est l’énergie au bout des doigts, que l’on peut gérer avec un smartphone ou une tablette.

Cela fait un peu science fiction, comme la « troisième révolution industrielle » de Jeremy Rifkin…

On entre dans un monde où la révolution digitale change tout. Rifkin se situe à un niveau plus conceptuel. J’ai essayé d’être plus concret et pragmatique, de faire la pédagogie de cette révolution énergétique, de fournir des feuilles de route et d’inviter les principaux acteurs du secteur énergétique à dialoguer pour amplifier nos efforts et accélérer la transformation énergétique.

Combien de temps faudra-t-il pour y parvenir ?

Aujourd’hui, les niveaux de maturité varient entre pays et secteurs. En général, je dirais qu’on se trouve entre le stade 1.0 et 2.0, mais, il y a des marchés, des segments, et des domaines d’application ou le 3.0 est en train de devenir une réalité. Dans un monde digital, les processus d’apprentissage et de décision sont de plus en plus rapides. La nouvelle génération de jeunes est plus sensibilisée au numérique et aux économies d’énergie que nous, c’est aussi une question de génération.

Pour une entreprise comme Rexel, la transition énergétique est le cœur de notre projet d’entreprise et de notre stratégie. Nous en constatons déjà les premiers effets positifs : une forte croissance, de plus que 10%, au premier semestre 2013 de la vente de solutions d’efficacité énergétique.

L’enjeu est aussi macro-économique. On parle de 2 millions d’emplois dans la filière électrique en Europe d’ici 2020. Et en France, plus de 500.000 emplois induits. C’est énorme, mais on ne va pas y arriver si chaque acteur reste dans son coin.

Beaucoup d’énergéticiens, notamment le patron de GDF-Suez, brandissent le un risque de « black out » énergétique faute de politique européenne de l’énergie. Qu’en pensez-vous ?

Avec les gaspillages et les pics de consommation, on pourrait arriver à une situation où le modèle centralisé de production ne pourrait garantir à lui seul la disponibilité de l’énergie partout et pour tous. Il est clair que pour dérisquer un modèle centralisé, il faut ajouter des réseaux décentralisés. C’est la simple application du principe qui veut que l’on ne mette pas tous ses œufs dans le même panier.

Et comment se positionne Rexel dans cette révolution de l’énergie ?

Pour reprendre le parallèle, Rexel 1.0 était un distributeur traditionnel de composants électriques. Le Rexel 2.0 et le Rexel 3.0 de demain est un plaque tournante de produits et de services, un intégrateur de savoir-faire et un facilitateur qui valorise l’offre des fabricants et crée de la valeur ajoutée pour ses clients par des solutions électriques sur mesure. Au carrefour du numérique et de l’électricité, Rexel accompagne les installateurs et les clients finaux pour les informer, les former et les assister dans la mise en place et la diffusion de ces technologies nouvelles d’efficacité énergétique active et interactive.

Croyez-vous à la généralisation du stockage de l’électricité, aujourd’hui impossible mais sur lequel travaillent des fabricants de batteries, comme Bolloré avec Blue Solutions par exemple ?

Le stockage de l’énergie est l’un des quatre piliers de la troisième révolution industrielle de Rifkin. Il y a des scénarios de macro-stockage, mais c’est très coûteux en tout cas aujourd’hui. On pourrait donc imaginer un scénario de micro-stockage où chaque maison deviendrait un lieu de stockage. Dans un monde de l’énergie 3.0 de décentralisation et de partage où le client final devient maître de son énergie, ce serait un moyen d’utiliser le réseau électrique des maisons au service d’une économie plus sobre en énergie.

Pour cela, il faudrait faire sauter le monopole de fait d’EDF ?

Il faut un mariage de raison entre un modèle centralisé et décentralisé. Il y a déjà des pays comme le Canada et l’Allemagne où les énergéticiens les plus avancés jouent ce rôle hybride et s’engagent activement a reconfigurer le système énergétique. Ce sera moins cher de stimuler l’innovation décentralisée que de bâtir de nouveaux centraux électriques. Si par une plus grande efficacité énergétique on peut économiser la construction d’un centrale électrique, ce sera un gain collectif. Les énergéticiens doivent donc eux-aussi passer au stade de l’énergie 3.0. Ce qu’il faut, c’est proposer un nouvel équilibre. Défendre le statu quo, face à des évolutions structurelles et irréversibles, c’est être certain de perdre la bataille. Le monde de l’énergie va connaître les mêmes bouleversement que celui des télécoms.

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* Énergie 3.0, transformer le monde énergétique pour stimuler la croissance, Éd. du Cherche Midi, 3 octobre 2013, 19 €. Le groupe Rexel a lancé un site internet, energy3-0.com, sur lequel une version pour tablettes du livre sera disponible, le 10 octobre.

Source Article from http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20131006trib000788872/rudy-provoost-rexel-le-consommateur-deviendra-maitre-de-sa-propre-energie-.html
Source : Gros plan – Google Actualités

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